Cet écrit s'inspire de réflexions menées en équipe autour de l'alimentation en multi-accueil.
Il est important de rappeler qu'il s'appuie sur les valeurs qui fondent ma pratique professionnelle, à savoir le respect inconditionnel de l'enfant et de sa famille. J'entends par respect inconditionnel: le non jugement et la prise en considération des choix d'éducation parentale et des choix de l'enfant dans notre accompagnement quotidien.
Quelques pistes:
Réaliser une fiche de renseignement sur les rituels alimentaires de l'enfant à compléter par les parents.
Établir une relation basée sur la confiance notamment chez les parents des bébés où l'enjeu autour de l'alimentation est conséquent.
Respecter l'enfant qui ne veut pas manger, gouter un aliment tout en restant dans la proposition et l'accompagnement.
En cas de désaccord trop conséquent entre les valeurs familiales et celles du lieu d'accueil: penser à la négociation et accompagner les parents vers d'autres possibles tout en restant dans le non-jugement. Laisser le temps aux parents: les enjeux de pouvoir ne font qu'envenimer la situation!
Les étapes alimentaires de l'enfant en structure d'accueil petite enfance:
Lorsque l'enfant arrive en collectivité, il est important de prendre le temps d'écouter les parents sur leurs rituels vis à vis de l'alimentation, cette première rencontre étant déterminante pour la mise en place d'une alimentation « à la carte » respectueuse de chaque enfant.
Dans les premiers mois de son existence, l'enfant est totalement dépendant de l'adulte. Celui-ci doit donc être dans une observation très fine des demandes de l'enfant et y répondre: l'ignorance ayant pour conséquence un sentiment d'insécurité néfaste au bon développement de l'enfant (Spitz en a malheureusement démontrer la réalité: cf la notion d'hospitalisme).
Le biberon sera donc donner à la demande, en concertation avec les parents.
Le moment du biberon est un moment privilégié de relation à l'autre. L'enfant doit accepter d'être nourrit par un tiers qu'il ne connait pas bien. Le doudou est alors souvent utile, permettant au bébé de retrouver une odeur familière et rassurante.
L'aménagement de l'espace repas des touts petits, la façon de les porter sont également déterminants: ils doivent pouvoir se sentir suffisamment contenu pour s'alimenter.
Dans le cas d'un allaitement maternel, un coin peut être aménagé pour que la mère et son enfant puisse avoir un moment d'intimité.
Cette première étape franchie, l'enfant va grandir et passer à la diversification (cette décision restant la responsabilité des parents et en aucun cas celle des professionnels): il va être en recherche de relation privilégiée à l'adulte.
Il semble alors intéressant de faire passer l'enfant du face à face vertical (biberon donné dans les bras) au face à face horizontal (repas dans un transat par exemple). La présence à l'enfant est alors essentielle: nos gestes, nos mots permettront une sécurité affective et psychique.
Pour les enfants moins à l'aise, la possibilité de donner le repas sur les genoux leurs permettra peu à peu d'être plus confiant.
Dans l'idéal, le moment du repas devra se faire dans un lieu adapté (calme et contenant) avec un professionnel à l'écoute. La notion de plaisir restera prédominante.
Ensuite, l'enfant va évoluer dans ses postures: il va se tenir assis sans appui et va vouloir expérimenter davantage ce qui l'entoure. Il va notamment avoir envie de toucher la nourriture, de la mettre à la bouche par ses propres moyens.
Tout en restant dans une relation privilégiée à l'adulte, l'enfant sera désormais assis dans une chaise avec attaches et prendra son repas à proximité d'une table où se trouvent d'autres enfants plus grands. Il peut alors se préparer mentalement à la rencontre de ses pairs autour du repas.
Puis l'enfant va grandir et va tester la rencontre à l'autre ( souvent à cette étape du développement, on rencontre des enfants qui tapent, qui crient, enfoncent leur doigts dans les yeux de l'autre...ils expérimentent là la rencontre avec l'autre!)
C'est donc à ce moment qu'il est possible de proposer à l'enfant de se mettre autours de la table avec un petit groupe d'enfant, tout en restant encore dans une chaise avec attaches. Il peut alors manipuler la nourriture en présence d'un adulte et une cuillère lui sera proposée.
A l'étape suivante, l'enfant pourra s'asseoir sur une chaise sans attache. Désormais il marche et est capable de comprendre des règles rudimentaires.
L'accompagnement de l'adulte sera ici essentielle et permettra de faire entrer l'enfant peu à peu dans la culture du repas.
L'enfant évoluera de plus en plus dans la prise en compte de l'autre et naîtra alors une réelle dynamique de groupe avec des enfants qui vont créer des moyens pour apprendre le plaisir de manger et se nourrir seul.
A partir de là, la réflexion autours du repas devra évoluer. L'enfant devenant responsable de sa façon de s'alimenter, il pourra choisir ce qu'il veut manger, dans l'ordre et la quantité qu'il souhaite. Ce sera les prémices du self (les enfants restent assis, l'adulte propose les plats à l'enfant) puisque l'enfant ne peut pas encore se déplacer (la tenue du plateau repas étant encore trop compliqué à ce stade de développement). Le professionnel accompagne l'enfant, le sollicite sans jamais lui imposer de gouter ou mettre dans son assiette.
Enfin, lorsque l'enfant aura la maturité physique et psychique nécessaire, il pourra porter son plateau, se servir seul et apprendre les règles liées au self.
En conclusion « l'enfant a une faculté extraordinnaire d'adapter ses apports à ses besoins et l'équilibre se fait sur plusieurs jours. On peut donc lui confier une certaine responsabilité de ses choix alimentaires. » M.AM Nierenberger, diététicienne.