La loi n'est pas forcément utilisée dans sa juste définition dans nos sociétés occidentales: souvent assimilée à un dictat social, la loi n'a pas bonne figure. Ainsi beaucoup la rejette en signe de protestation, revendiquant la liberté, le non conformisme alors que d'autre en abuse pour asseoir leur pouvoir de façon dictatoriale.
Pourtant, si nous regardons en arrière, ce n'est qu'à partir de la mise en place de lois communes que les civilisations ont pu réfléchir et tendre vers plus d'égalité entre les hommes. C'est elle qui en effet a permis le fait de vivre ensemble dans le respect d'autrui.
Cette contradiction met en lumière le fait que la vision de la loi a largement évoluée pour se restreindre à un champ juridique, loin des idéaux humanistes auxquelles elle était censée se référée.
Pour preuve, les définitions du dictionnaire se rapportant au terme loi:
« La loi est un ensemble de règles obligatoires établies par l'autorité d'une société et sanctionnée par la force publique. »
« La loi ou législation (du latin lex, legis qui signifie loi ) désigne l'une des sources du droit, l'ensemble des textes édictés par l'autorité supérieure, formulés par écrit suivant des procédures spéciales, et auxquels sont soumis les sujets. »
La loi n'est-elle donc que cela: une énumération de normes constitutionnelles?
Il s'impose ici de définir autrement la loi pour en finir avec cet amalgame qui l'assimile uniquement au dictat social.
Regardons donc ce que peut nous en dire le champs de la psychanalyse, nous ouvrant ainsi la possibilité d'un regard plus humaniste sur ce terme.
Charlotte Herfray dans son livre Psychanalyse hors les murs distingue deux niveau de loi en s'appuyant sur les notions de sujet « normal » et sujet « normé ».
« Nous entendons par sujet « normé » un sujet structuré, ayant intégré la nécessité de la loi symbolique et posant ses actes en articulant son désir à l'aune des valeurs. Le sujet « normal » est socialement adapté et conforme aux normes […]. Si la normalité implique l'adaptation sociale et la soumission aux « modèles culturels », le fait d'être normé implique le fait d'être humain. »
Elle met ainsi en évidence le fait que la loi à une fonction symbolique et universelle à tous les peuples, et une fonction sociale qui représente le principe républicain.
En d'autres termes, on retrouve ici la loi en tant que normes constitutionnelles, celle du sujet « normal » auquel s'ajoute une autre dimension, celle de la loi symbolique, universelle à tous les hommes, celle du sujet « normé ».
C'est sur cette dernière acception qu'il est intéressant de s'arrêter. On peut en effet se demander comment la psychanalyse définit-elle précisément la notion de loi symbolique?
La loi symbolique est d'ordre psychique (donc non écrite), elle est universelle à tous les hommes. Elle n'est ni règle morale (elle instaure le respect de l'autre dans l'altérité ), ni répressive (il y a renoncement pour aller vers d'autres possibles: sublimation par exemple). Toutefois, elle instaure des interdits: interdit de toute puissance, interdit de tuer, interdit de l'inceste.
La loi symbolique représente donc une loi commune à tous les êtres humains, sans quoi, le vivre en société ne peut être.
Cette dimension de la loi est incontournable et pourtant son importance est très peu diffusée dans le monde de l'éducation comme si parce que psychique, elle allait de soi.
C'est pourquoi il est essentiel pour tout éducateur de travailler sur les deux niveaux de la loi: amener l'enfant à être « un sujet normal » mais aussi « normé »! D'ailleurs C.Herfray souligne la nécessité que « Les deux niveaux soient concernés par l'action éducative. »
On voit ici la question que cela peut soulever dans les collectivités pour enfants et les familles où la loi est seulement reconnu dans son aspect normatif.
Certes, s'il ne se rebelle pas, l'enfant pourra se soustraire à la norme sociale mais pour autant aura t-il une stabilité psychique suffisante? Lui aura-t-on apporté les réponses nécessaires à sa construction de sujet?
Tout éducateur devrait s'arrêter un instant sur sa pratique pour prendre en compte ces questions et éviter ainsi de tomber dans l'autoritarisme vis à vis des enfants qu'il éduque.
« Le but principal de l'éducation est d'apprendre à l'enfant à maitriser ses instincts; impossible, en effet, de lui laisser une liberté totale; de l'autoriser à obéir sans contrainte à toutes ses impulsions...L'éducation doit donc inhiber, interdire, réprimer, et c'est à quoi elle s'est, de tout temps, amplement appliquée.
Mais l'analyse nous a montré que cette répression des instincts était justement la cause des névroses. L'éducation doit donc trouver sa voie entre le Scylla du laisser-aller et le Charybde de l'interdiction. Si ce problème n'est pas insoluble, il convient de chercher « l'optimum » de cette éducation, c'est-à-dire la manière dont elle sera la plus profitable et la moins dangereuse. Il s'agira de décider de ce qu'il faut interdire, et ensuite à quel moment et par quel moyen doit intervenir cette interdiction.
En outre, ne l'oublions pas, les divers sujets sur lesquels nous devons agir ont des prédispositions constitutionnelles différentes et le comportement de l'éducateur ne doit pas être le même envers tous les enfants. »
Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse, in J.Ulmann, La pensée contemporaine.
L'éducateur a donc se rôle à jouer d'emmener l'enfant vers l'intériorisation de la loi symbolique et des lois sociales. C'est seulement à cette condition que l'enfant pourra les faire siennes et s'investir en tant que sujet pensant dans un groupe social!
Cette responsabilité incombe à tout éducateur, ce qui veut dire qu'il faudra être au clair avant tout avec son propre rapport à la loi.