« La créativité, si on la considère comme Winnicott, non pas comme une
expérience réussie ou reconnue de création mais comme une attitude face à la réalité extérieure, est ce qui donne à l'homme « le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue »,
au-delà de l'adaptation toujours marquée de soumission à notre environnement. » M.O Némoz Rigaud, In Des artistes et des bébés
La parole est la première réelle création de l'enfant en tant que « je ». Il entre dans le monde social et accepte ainsi de ne plus être le tout mais une partie du tout. Il prend conscience de ce que l'on nomme l'intersubjectivité.
Cependant cette entrée dans la parole n'est pas chose aisée et va lui demander bien des efforts!
Ce sera l'adulte qui avant tout aura cette lourde tâche que de le faire entrer dans le langage: d'abord ses parents ou substituts parentaux puis ensuite les collectivités.
Les parents ou substituts apporteront tout ce qui est de l'ordre de la culture de l'intime que nous qualifierons de culture familiale. Quant aux collectivités, qu'il sagisse de crèches ou d'écoles, elles offrent à l'enfant une culture plus universelle: celle qui fait entrer l'enfant dans une société, en d'autres termes celle qui lui permet de se socialiser.
Nous voyons donc ici l'importance et la responsabilité qu'ont les professionnelles du monde éducatif vis à vis des enfants qu'elles accueillent.
C'est pourquoi, il me semble judicieux de plonger l'enfant dès son plus jeune âge dans la culture de l'oral et de l'écrit. Qui plus est, en maternelle, la où l'enfant est vraiment prêt à recevoir la parole comme un élément constitutif de la communication avec l'autre.
Cependant il ne faut pas oublier que pour lui le jeu est inhérent à la construction de son « je » donc il faut envisager cette entrée dans la culture de l'oral et de l'écrit de façon ludique.
Ainsi, je proposerais donc de m'appuyer sur deux outils, chacun représentant respectivement l'oral et l'écrit: le conte (inhérent à la transmission orale) et la lecture de l'album de jeunesse.
Le conte:
La tradition orale est considérer comme « l'art premier », celle qui est à la base de tout. C'est elle qui permet la construction du lien social en faisant entrer l'enfant dans la Culture.
« Jadis, pendant les longues soirées d’hiver - la saison des contes - toute la maisonnée se resserrait autour de l’âtre pour écouter les conteurs. Moment privilégié entre tous, où se transmettaient les rêves et les fantasmes de la communauté, mais aussi tout ce qu’il était important de savoir pour vivre. » Michel COSEM
Le conte est donc un support conséquent dans la mise en oeuvre de la transmission culturelle.
D'autre part, le conte connaît une structure qui lui est propre, souvent la même:
(source: http://cd77-upbe.creteil.iufm.fr/preps/contecoreen/05.PV-Fiche01-Strcuture-conte-professeur.pdf)Fiche 01 - Structure du conte - Document du professeurLE SCHÉMA NARRATIF
Situation initiale
Modification
Transformation
Résolution
Situation finale
(1) La situation initiale est celle du personnage principal, ou héros, avant la crise
racontée par l'histoire.
(2) La modification est une amélioration ou au contraire une altération brutales
de la situation. Le héros doit faire un choix décisif.
(3) La transformation est généralement la partie la plus longue. Le héros avance
vers la solution de la crise, en rencontrant des obstacles.
(4) La résolution est la phase pendant laquelle la crise se dénoue.
(5) La situation finale, précisée ou non, est celle du héros à l'issue de la crise
Le fait est que cette structure permet à l'enfant d'anticiper, d'être contenu et rassurer. En effet, l'anticipation va lui permettre de mieux recevoir le conte: il est en quelque sorte maître
de ce qu'il va se passer. Il sait qu'il y a un début et une fin. Tout ceci aura pour conséquence de le contenir et le rassurer même si parfois le conte confronte l'enfant à ses propres peurs.
D'ailleurs, cette possibilité qu'offre le conte de permettre la projection de l'enfant et de ses sentiments dans un contexte contenant est tout à fait bénéfique et donnera l'occasion à l'enfant
de mieux appréhender ses émotions.
Dans la pratique:
Je proposerais le conte une fois par semaine (à définir avec le personnel enseignant), le même pendant un mois (on connaît l'importance pour l'enfant d'entendre encore et encore la même histoire pour pouvoir se l'approprier).
Un petit rituel de début et de fin sera proposer permettant ainsi à l'enfant de lui signifier le début et la fin mais aussi lui faisant comprendre la différence entre le dedans (moment où on va commencer le conte et faire entrer l'enfant dans l'intimité de ses sentiments) et le dehors (moment où on a terminé le conte et ramener l'enfant à la réalité extérieure).
L'album de jeunesse:
« J’ai été amené à rechercher les expériences qui, dans la vie de l’enfant, étaient les plus propres à l’aider à découvrir ses raisons de vivre et, en général, à donner le maximum de sens à sa vie. En ce qui concerne ces expériences, rien n’est plus important que l’influence des parents et de tous ceux qui éduquent l’enfant ; vient ensuite notre héritage culturel, s’il est transmis convenablement à l’enfant. Quand il est jeune, c’est dans les livres qu’il peut le plus aisément trouver ces informations. » Bruno BETTELHEIM
L'album jeunesse va me permettre de faire entrer l'enfant dans la langue de l'écrit. Ce n'est pas un outils scolaire à proprement parler mais il est souvent le reflet de notre culture: il parle de chose qui concerne l'enfant, qui le touche ce qui n'est pas négligeable pour tout éducateur. L'enfant peut donc grâce à l'album se rendre compte qu'une association de mots peut former des histoires qui le plonge dans un monde qui lui est proche.
L'album offre également des illustrations qui égayent le texte et lui donne tout son sens. Ainsi, il proposera à l'enfant sans que l'éducateur ait à intervenir de construire des liens de causes à effets et d'étudier les graphismes des illustrations.
Dans la pratique:
L'album de jeunesse sera lu une fois par semaine. Le même pendant un mois (toujours pour que l'enfant puisse se l'approprier). A l'issue de la lecture sera proposer une petite activité en lien avec le livre.
Un petit rituel de début et de fin sera proposer permettant ainsi à l'enfant d'anticiper ce qu'il va se passer.
Pour les différentes activités proposées, il sera proposer un thème autours du vécu de l'enfant:
Mois d'octobre: La séparation
Mois de novembre: La peur
Mois de décembre: Le merveilleux
Mois de janvier: La colère
Mois de février: La fratrie
Mois de mars: La gourmandise
Mois d'avril: La vie (végétale et animale)
Mois de mai: La mère (enveloppement, douceur)
Mois de juin: Le père (envol, autonomie)
Ce qui animera ces différentes activités, à l'instar de l'auteur de L'enseignant, un passeur culturel:
« c'est l'envie de faire partager un bien, un ensemble d'œuvres humaines qui nous aident à vivre, à penser, à aimer, à trouver des réponses comme à trouver du plaisir, de vouloir transmettre ce regard sur les choses qui évite d'être passif devant les événements du monde, qui nous fait participer davantage à la construction si difficile d'une humanité meilleure. » J.M ZAKHARTCHOUK
Quelques sources:
http://www.culture.gouv.fr/culture/dmdts/rapportsPDF/artdurecitfrance.PDF
http://cd77-upbe.creteil.iufm.fr/preps/contecoreen/05.PV-Fiche01-Strcuture-conte-professeur.pdf